On parle surtout de l’EVARS pour ses débats. On lit beaucoup moins ce que dit réellement le programme. Or le texte publié au Bulletin officiel en février 2025 fait des compétences psychosociales l’une de ses trois composantes, au même rang que les connaissances et les valeurs. Apprendre à dire non dès la maternelle, comprendre le consentement en CE2, gérer des relations qui changent au collège : le fil conducteur, ce sont les CPS. En cette deuxième rentrée, une circulaire d’août 2026 fixe un objectif clair, trois séances par an pour 100 % des élèves. Voici ce que cela change pour les équipes.
Sommaire
- Ce que le programme dit des compétences psychosociales
- Trois axes, un même fil de la maternelle au lycée
- Pourquoi les compétences plutôt que la seule information
- Le même socle que la stratégie nationale 2022-2037
- Rentrée 2026 : un objectif de 100 % des élèves
- Ce que l’on sait, et ne sait pas encore, de la mise en œuvre
- Ce que cela demande aux équipes éducatives
Ce que le programme dit des compétences psychosociales
Le programme d’éducation à la vie affective et relationnelle (EVAR, à l’école) et à la sexualité (EVARS, au collège et au lycée) repose sur trois composantes : des connaissances, des compétences psychosociales et des valeurs. Les CPS n’y sont donc pas un complément facultatif. Le texte les inscrit dans la structure même de l’enseignement.
Le programme a été fixé par un arrêté du 3 février 2025, publié au Bulletin officiel de l’Éducation nationale le 6 février 2025 et entré en application à la rentrée 2025-2026 [1]. Il donne une définition simple : les compétences psychosociales « regroupent des compétences cognitives, émotionnelles et sociales qui permettent d’améliorer les relations à soi et aux autres » [1].
La circulaire qui l’accompagne, datée du 4 février 2025, rappelle le cadre légal. Depuis la loi de 2001, le code de l’éducation prévoit au moins trois séances annuelles par groupe d’âge homogène [2]. Pendant plus de vingt ans, cette obligation est restée sans programme national. Le texte de 2025 comble ce vide et précise l’objectif : développer la capacité des enfants et des adolescents à adopter des habitudes favorables à leur santé et à leur bien-être [2].
Pour les enseignants, cette architecture a une conséquence concrète. Une séance d’EVARS vise autant une capacité à agir, à dire, à refuser ou à demander de l’aide qu’un savoir sur le corps ou sur le droit. L’évaluation implicite de la séance change avec elle.
Trois axes, un même fil de la maternelle au lycée
Le programme s’organise autour de trois axes qui reviennent à chaque niveau : se connaître et grandir avec son corps, rencontrer les autres et construire des relations, trouver sa place dans la société. Les compétences psychosociales traversent les trois, avec une progression adaptée à l’âge.
Le texte formule ces axes ainsi : « se connaître, vivre et grandir avec son corps », « rencontrer les autres et construire avec eux des relations, s’y épanouir », « trouver sa place dans la société, y être libre et responsable » [1].
La progression est visible dans les objectifs eux-mêmes. En maternelle, il s’agit d’« apprendre à exprimer son accord ou son refus » et d’« apprendre à envisager et à respecter un refus » [1]. En CE2, l’objectif devient de « comprendre ce qu’est le consentement, les différentes manières de le solliciter et de l’exprimer ou d’accepter et de respecter un refus » [1]. En sixième, les élèves doivent apprendre à « entrer en relation avec les autres et comprendre que les relations peuvent changer » [1].
Ces trois formulations décrivent des compétences sociales et émotionnelles : s’affirmer, reconnaître la limite de l’autre, ajuster une relation. Elles relèvent directement de ce que les référentiels appellent la communication, la gestion des émotions et les relations constructives. La notion de consentement, souvent présentée comme un contenu sensible, s’enseigne d’abord comme une compétence relationnelle, construite pas à pas depuis l’âge de trois ans.
Pourquoi les compétences plutôt que la seule information
Le choix de placer les CPS au cœur du programme s’appuie sur un consensus international. Les principes directeurs de l’Unesco, rédigés avec l’OMS, l’Unicef et plusieurs agences des Nations unies, font des compétences pour la santé et le bien-être l’un des huit concepts clés de l’éducation à la sexualité.
Ces Principes directeurs internationaux sur l’éducation à la sexualité, révisés en 2018 par l’Unesco avec l’Onusida, le Fonds des Nations unies pour la population, l’Unicef, ONU Femmes et l’Organisation mondiale de la santé, structurent l’enseignement autour de huit concepts [3]. On y trouve les relations, la compréhension du genre, la violence et la sécurité, et les compétences pour la santé et le bien-être [3]. Le document insiste sur l’articulation entre connaissances, attitudes, valeurs et compétences : savoir ne suffit pas si l’on ne sait pas dire, négocier ou demander de l’aide [3].
Les mêmes principes directeurs répondent à une inquiétude fréquente. D’après la revue des études qu’ils mobilisent, l’éducation à la sexualité, à l’école ou en dehors, n’augmente ni l’activité sexuelle, ni les comportements à risque, ni les taux d’infections sexuellement transmissibles [3]. Ils relèvent aussi que les programmes qui travaillent explicitement les questions de genre et de rapports de pouvoir sont nettement plus efficaces que ceux qui les ignorent [3].
Le programme français s’inscrit dans cette logique. Informer sur le consentement est utile. Être capable de l’exprimer et de le respecter dans une situation réelle demande un entraînement, et c’est précisément ce que visent les compétences psychosociales.
Le même socle que la stratégie nationale 2022-2037
L’EVARS n’est pas un dispositif isolé. Elle constitue l’un des terrains d’application de la stratégie nationale de développement des compétences psychosociales, engagée en 2022 par huit ministères jusqu’en 2037. Les CPS travaillées en séance sont les mêmes que celles que l’école développe par ailleurs.
L’instruction interministérielle du 19 août 2022 fixe l’objectif d’une génération 2037 qui aura grandi dans un environnement favorable au développement de ses CPS, avec des cibles chiffrées pour les enfants et les adolescents [4]. Nous avons détaillé ses engagements et ses angles morts dans l’article Les compétences psychosociales après la classe : le périscolaire, angle mort de la stratégie nationale.
Santé publique France, l’agence nationale de santé publique, organise ces compétences en trois grandes catégories, cognitives, émotionnelles et sociales, dans son référentiel opérationnel de mars 2025 [5]. On retrouve exactement ces trois familles dans la définition du programme EVARS [1]. La cohérence n’a rien d’anecdotique : un enseignant qui travaille l’empathie en classe, un CPE qui accompagne un conflit entre élèves et un intervenant qui anime une séance d’EVARS mobilisent le même cadre.
Pour qui veut approfondir l’une de ces familles, nous avons consacré des articles au pilier émotionnel des compétences psychosociales et aux relations constructives entre élèves. Le vocabulaire courant parle souvent de soft skills ; dans le cadre scolaire, c’est bien le terme de compétences psychosociales qui fait référence.
Rentrée 2026 : un objectif de 100 % des élèves
Pour sa deuxième année d’application, le programme est accompagné d’une circulaire publiée le 25 août 2026. Elle fixe un objectif sans ambiguïté : que 100 % des élèves bénéficient des trois séances au cours de l’année scolaire, de la maternelle au lycée, avec un suivi annuel.
La circulaire du 24 août 2026, signée par la directrice générale de l’enseignement scolaire et parue au Bulletin officiel spécial n° 2 du 25 août 2026, porte sur la formation de l’ensemble des personnels à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles dans le cadre du programme EVAR-S [6]. Elle demande que la programmation des séances soit présentée en conseil d’école dans le premier degré et devant le comité d’éducation à la santé et à la citoyenneté dans le second degré [6].
Elle organise aussi un plan de formation. Un module obligatoire de trois heures à distance vise d’abord les publics prioritaires d’ici fin 2026 : inspecteurs, conseillers pédagogiques et directeurs d’école dans le premier degré, équipes de direction et CPE dans le second degré [6]. L’extension à tous les personnels commence en janvier 2027, avec un objectif de couverture complète fin 2029 [6].
La circulaire place explicitement l’éducation à la vie affective et relationnelle parmi les leviers de prévention des violences [6]. C’est une autre manière de dire que les compétences psychosociales, savoir identifier une situation anormale, en parler, demander de l’aide, sont au cœur de la protection des enfants.
Ce que l’on sait, et ne sait pas encore, de la mise en œuvre
Aucun bilan national chiffré de la première année n’avait été publié par le ministère au moment de sa réponse au Sénat, en mars 2026. Le ministère annonçait une enquête complète sur le pilotage, la mise en œuvre et le contenu des séances à l’issue de l’année scolaire.
Interrogé par le sénateur David Ros sur l’application du programme, le ministère de l’Éducation nationale répondait le 12 mars 2026 que l’entrée en application à la rentrée 2025-2026 ne permettait pas encore d’établir un bilan [7]. Il détaillait en revanche les moyens engagés : séminaires nationaux, formations académiques, parcours d’autoformation sur la plateforme Magistère, équipes académiques de coordination et désignation d’un référent dans chaque circonscription du premier degré et dans chaque établissement du second degré [7].
La question de la formation revient dans les échanges parlementaires. Une question écrite à l’Assemblée nationale sur l’académie de Toulouse, publiée en avril 2026, faisait état de pratiques hétérogènes selon les départements concernant l’intervention des associations agréées [8]. Dans sa réponse de juillet 2026, le ministère rappelait que les enseignants portent la responsabilité première des séances et que les associations agréées peuvent y être associées aux côtés des personnels [8].
Le calendrier de formation fixé à fin 2029 dit la même chose en creux : une grande partie des personnels n’a pas encore été formée. Les compétences psychosociales se développent par la pratique, et ceux qui les enseignent ont besoin, eux aussi, de temps pour s’approprier les démarches.
Ce que cela demande aux équipes éducatives
Mettre les CPS au centre de l’EVARS change la manière d’animer une séance. On travaille par mises en situation, échanges et reformulations plutôt que par un exposé, avec une posture sans jugement et sans jamais entrer dans le vécu personnel des élèves.
Les ressources Éduscol demandent aux intervenants une posture ouverte, neutre et bienveillante, sans jugement, et de maintenir les échanges dans ce qui peut se partager en collectif, sans entrer dans l’intime de chacun [9]. La circulaire de 2025 recommande des séances de deux heures dans le second degré et encourage la coanimation entre enseignants et personnels sociaux et de santé [2]. Les associations agréées peuvent intervenir, toujours en binôme avec un personnel de l’Éducation nationale, et dans le respect d’une stricte neutralité [2].
Cette démarche rejoint ce que la recherche établit pour toutes les interventions CPS : une pédagogie active, des compétences nommées explicitement, et un temps de retour sur ce qui a été vécu. Le moment où le groupe analyse une situation et met des mots dessus compte autant que l’activité elle-même, comme nous l’avons montré dans l’article Le débriefing, moment où un atelier soft skills devient un apprentissage.
Enfin, trois séances par an ne suffisent pas à développer une compétence. Elles prennent leur sens quand les mêmes CPS sont travaillées ailleurs : en vie de classe, en EMC, dans la gestion des conflits, sur le temps périscolaire. L’EVARS peut servir de point d’ancrage ; elle ne peut pas tout porter seule.
Conclusion
Le débat public sur l’EVARS se concentre sur quelques contenus. Le texte, lui, repose d’abord sur une ambition plus large : donner aux enfants et aux adolescents les moyens de se connaître, de vivre des relations respectueuses et de savoir réagir quand une situation ne va pas. Cette ambition passe par les compétences psychosociales, travaillées de la maternelle au lycée. La rentrée 2026 fixe un objectif de couverture complète et engage un plan de formation sur quatre ans. Reste à mesurer ce qui se passe réellement dans les classes, ce que l’enquête ministérielle annoncée devrait commencer à éclairer. Face à une situation préoccupante concernant un élève, ce sont les protocoles de l’institution qui s’appliquent : cet article présente un cadre, il ne remplace ni ces procédures ni l’avis de professionnels.
Caroline Prat
FAQ
Quelle différence entre EVAR et EVARS ?
L’EVAR, éducation à la vie affective et relationnelle, concerne l’école maternelle et élémentaire. L’EVARS ajoute l’éducation à la sexualité et s’applique au collège et au lycée. Les trois axes et les compétences psychosociales sont communs aux deux.
Combien de séances sont prévues chaque année ?
Au moins trois séances annuelles par groupe d’âge homogène, obligation inscrite dans le code de l’éducation depuis 2001. La circulaire d’août 2026 fixe l’objectif que 100 % des élèves en bénéficient.
Qui anime les séances ?
Les enseignants en ont la responsabilité première, idéalement avec les personnels sociaux et de santé. Des associations agréées peuvent intervenir, toujours en binôme avec un personnel de l’Éducation nationale.
Les parents sont-ils informés ?
Oui. La circulaire de 2025 demande aux écoles et établissements d’informer les familles des objectifs d’apprentissage de l’année, selon des modalités qu’ils déterminent. Éduscol met à disposition des documents destinés aux familles.
Sources
- Ministère de l’Éducation nationale, programme d’éducation à la vie affective et relationnelle, et d’éducation à la sexualité, arrêté du 3 février 2025, Bulletin officiel n° 6 du 6 février 2025 (France).
- Ministère de l’Éducation nationale, circulaire du 4 février 2025, Éducation à la vie affective et relationnelle, et à la sexualité, NOR MENE2503565C (France).
- Unesco, Onusida, UNFPA, Unicef, ONU Femmes et OMS, International technical guidance on sexuality education: an evidence-informed approach, édition révisée, 2018 (international).
- Instruction interministérielle du 19 août 2022 relative à la stratégie nationale multisectorielle de développement des compétences psychosociales chez les enfants et les jeunes 2022-2037, texte intégral (France).
- Santé publique France, Lamboy B., Jeannel D., Mouraire E. et al., Les compétences psychosociales : un référentiel opérationnel à destination des professionnels experts et formateurs CPS, Tome I, mars 2025 (France).
- Ministère de l’Éducation nationale, circulaire du 24 août 2026, Former l’ensemble des personnels pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles dans le cadre de la mise en œuvre du programme EVAR-S, Bulletin officiel spécial n° 2 du 25 août 2026, NOR MENE2622631C (France).
- Sénat, question écrite n° 06840 de M. David Ros, Application de l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle, publiée le 27 novembre 2025, réponse du ministère de l’Éducation nationale publiée le 12 mars 2026 (France).
- Assemblée nationale, question écrite n° 14671, Application des programmes Evar et Evars dans la région académique Occitanie, publiée le 28 avril 2026, réponse publiée le 28 juillet 2026 (France).
- Éduscol, Connaître les enjeux de l’éducation à la sexualité et Mettre en œuvre le programme EVAR/EVARS, ministère de l’Éducation nationale (France).


